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Mobilisations face à la coopération avec la Libye
À la suite des attaques recensées en Méditerranée à l’encontre de navires humanitaires et d’embarcations transportant des personnes exilées, différentes mobilisations appellent à l’arrêt complet de la coopération entre l’Union européenne (UE) et les autorités libyennes. L’ONG SOS Méditerranée a ainsi porté plainte pour tentative d’assassinat et association de malfaiteurs, tout en dénonçant le soutien financier de l’UE à la Libye, après l’attaque d’une milice libyenne contre son navire de sauvetage en août. En octobre, 38 parlementaires européens ont exigé, à travers une lettre adressée à la Commission, l’arrêt du financement des forces de sécurité libyennes, tandis que plusieurs ONG de recherche et de sauvetage en mer ont annoncé suspendre leurs communications avec le centre conjoint de coordination des secours libyen. Elles ont créé la Flotte de la Justice, affirmant que les garde-côtes libyens faisaient « partie d’un régime violent soutenu par l’UE », et que mettre fin à la collaboration avec le centre était une nécessité « juridique et morale ». Un rapport de l’ONG Sea Watch, publié en octobre 2025, recense 60 « incidents » perpétrés par les autorités ou milices libyennes en Méditerranée depuis 2016.
L’UE tient des discussions avec le régime taliban au sujet d’éloignements
En octobre, la Commission a annoncé sa participation à des discussions « exploratoires au niveau technique » avec le régime taliban concernant les éloignements de ressortissants afghans vers leur pays d’origine. Cela intervient en réponse à une lettre rédigée par la Belgique, co-signée par 19 pays membres de l’UE et adressée au commissaire européen aux Migrations, demandant de mettre en place un mécanisme au niveau européen pour coordonner les éloignements de ressortissants afghans qui n’auraient pas de titre de séjour valable, en particulier ceux qui auraient commis des crimes. L’Allemagne avait par ailleurs organisé des vols de retour de personnes présentées comme condamnées à partir de 2024, l’Autriche a répliqué ce schéma récemment. En octobre, des représentants allemands se sont rendus à Kaboul pour des discussions avec le régime taliban, ce qui a été suivi par l’installation de deux représentants talibans dans des consulats afghans en Allemagne. Un éventuel accord sur les éloignements entre l’UE et le régime taliban, qui pourrait faciliter les renvois vers l’Afghanistan serait particulièrement dramatique, et contribuerait à légitimer une entité avec des antécédents avérés de violations graves des droits humains.
Mise en place du nouveau système d’entrée et de sortie de l’Union européenne
La Commission européenne a fixé la date de lancement du nouveau système d’entrée et de sortie de l’Union européenne, le « entry exit system » (EES), au 12 octobre 2025. Il est présenté comme visant à « prévenir la migration irrégulière et à protéger la sécurité des citoyens européens ». Ce système enregistrera numériquement les noms, passeports, empreintes digitales, photos, et les entrées et sorties des ressortissants de pays tiers dans les 29 pays européens l’utilisant. Le système détectera automatiquement les personnes ayant dépassé la durée de séjour autorisée, ainsi que les possibles fraudes de documents ou d’identité. Il partagera les informations recensées avec les autorités frontalières et de délivrance des visas, ainsi qu’avec Europol. L’Agence de l’Union européenne des droits fondamentaux a exprimé son inquiétude concernant les biais discriminatoires des outils mobilisés dans le cadre de l’EES, notamment de la reconnaissance faciale, et les risques que représente le système en matière de conservation et d’utilisation des données.
Manifestations d’extrême droite racistes et anti-migration à Londres et à La Haye
Une manifestation d’extrême droite ressemblant plus de 110 000 personnes a eu lieu le 13 septembre à Londres. Organisée par Tommy Robinson, figure d’extrême droite condamnée à plusieurs reprises pour propos diffamatoires et racistes, elle a porté des messages racistes, anti-migration, complotistes et islamophobes. Des personnalités d’extrême droite d’Europe et des États-Unis ont été invitées à y prendre la parole, comme Éric Zemmour ou Elon Musk, qui s’est connecté par lien vidéo et a appelé à la dissolution du Parlement. Le 20 septembre, une manifestation d’extrême droite, rassemblant celle-ci près de 1 200 militants s’est aussi tenue à La Haye, aux Pays-Bas, avec pour mot d’ordre de protester « contre les défaillances de la politique d’asile ». Organisée un mois avant les élections législatives par la jeune influenceuse « Els Rechts » (« Els de droite » en néerlandais) sympathisante du parti d’extrême droite Parti pour la liberté (PPV), elle a rapidement dégénéré en violences, avec des agressions de journalistes, des voitures incendiées et la vandalisation du siège du parti social-libéral Démocrates 66.
Dernières tendances européennes en matière d’asile
L’Agence de l’Union européenne pour l’asile a récemment publié son rapport sur les tendances du premier semestre 2025 concernant l’asile. Il contient une analyse des principales nationalités des personnes demandant l’asile au sein de l’UE, le lieu de dépôt de la demande, des informations sur le taux de reconnaissance du statut de réfugié et de la protection subsidiaire, et une analyse des dossiers en attente de décision auprès des autorités. Entre janvier et juin 2025, l’UE a reçu 399 000 demandes de protection internationale. Les demandes d’asile afghanes et vénézuéliennes sont les plus nombreuses, et les demandes d’asile syriennes ont diminué à la suite de la chute du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024. La France et l’Espagne ont devancé l’Allemagne en termes de nombre de demandes, mais Chypre et la Grèce restent les pays où les demandes sont les plus nombreuses proportionnellement à leur population. Concernant les personnes exilées venant d’Ukraine, elles sont 4,5 millions à bénéficier d’une protection temporaire au sein de l’UE, et la moitié se trouvent en Allemagne et en Pologne.
La Grèce suspend l’enregistrement de demandes d’asile et introduit des peines de prison pour les personnes déboutées de l’asile
En juillet, le Parlement grec a voté un amendement à la loi immigration permettant de suspendre pour trois mois l’enregistrement des demandes d’asile des personnes arrivées par la mer depuis l’Afrique du Nord et de les éloigner vers leurs pays d’origine. Visant directement les personnes récemment arrivées en Crète, cet amendement a été dénoncé par des organisations de défense des droits humains comme allant à l’encontre du droit européen et international. En septembre, une nouvelle loi criminalisant les personnes déboutées de l’asile et imposant des peines de prison allant jusqu’à cinq ans pour les personnes n’ayant pas quitté le territoire 14 jours après une décision de rejet a également été adoptée. Elle prévoit une amende allant jusqu’à 10 000 euros pour « entrée illégale » sur le territoire, supprime la possibilité de régularisation pour les personnes ayant vécu sept ans dans le pays et introduit le port d’un bracelet électronique pour les personnes souhaitant retourner volontairement dans leur pays d’origine, dans l’attente de leur retour. Parallèlement, le ministre des Migrations prévoit de restreindre les actions des ONG qui s’opposent aux politiques migratoires de l’État en les supprimant du registre officiel des ONG, leur empêchant d’accéder aux structures d’accueil gérées par l’État.
En Belgique, de nouvelles dispositions privent d’hébergement les personnes bénéficiant d’un statut de protection dans un autre pays européen
Des nouvelles dispositions sont entrées en vigueur en août concernant les personnes souhaitant enregistrer une demande d’asile mais bénéficiaires d’une protection internationale dans un autre pays de l’Union européenne. L’accès à l’hébergement leur est désormais refusé par l’agence fédérale de l’accueil des demandeurs d’asile (Fedasil) et plusieurs personnes, notamment des familles vulnérables, se sont retrouvées à la rue. Ainsi, du fait de la saturation de ses dispositifs d’hébergement, le Samusocial de Bruxelles s’est trouvé contraint à refuser d’héberger 400 familles, dont certaines pouvaient auparavant bénéficier de l’hébergement pour demandeurs d’asile. La majorité des personnes impactées par ces mesures ont quitté la Grèce, où elles font face à de multiples obstacles et peinent à accéder à un accueil digne, les forçant souvent à dormir à la rue. Dans de nombreux cas, leur statut de protection en Grèce n’est plus valide. Les associations belges et internationales dénoncent cette injustice, et soulignent que ces dispositions vont à l’encontre de la directive Accueil du Pacte européen sur la migration et l’asile.
La Cour de justice de l’Union européenne invalide le protocole Italie-Albanie
La Cour de justice de l’Union européenne a invalidé le 1er août l’accord migratoire entre l’Italie et l’Albanie, marquant un coup d’arrêt à la politique de la présidente du Conseil, Giorgia Meloni. L’accord était basé sur la désignation de « pays d’origine sûrs », qui – selon l’Italie – ne représentent pas de risque sérieux pour les personnes exilées. La Cour de justice a décidé que la qualification de « pays d’origine sûrs » devait être basée sur des critères matériels, fournis par des sources d’information accessibles, et pouvoir être réexaminée par la justice. Cette décision intervient dans un contexte de forte hostilité du gouvernement italien vis-à-vis de l’accueil des exilés : début août, pour la première fois, les autorités ont immobilisé au sol l’avion de surveillance de Sea-Watch, qui vient en aide aux personnes en détresse en mer. La porte-parole de l’ONG a affirmé qu’il s’agissait « d’un prétexte pour se débarrasser d[‘eux] en tant que témoins de la situation en Méditerranée ». En parallèle, les autorités ont signé début septembre un accord avec la Turquie dans le but de renforcer la coopération des deux pays en matière migratoire. Le ministre des affaires étrangères a affirmé que « cela s’avérera très utile en Libye […] pour empêcher les départs » : les deux gouvernements travailleront ensemble pour former les forces de l’ordre et « démanteler les réseaux criminels » en Méditerranée.
